L'Apocalypse et la crise de l'Église

Le mot Apocalypse est souvent associé à la fin du monde et au Jugement Dernier ; or, que signifie l'expression de Jugement Dernier ? Pourquoi Dernier ? Pas seulement parce qu'il s'agira d'une sentence définitive de la justice divine, mais parce que d'autres jugements l'auront précédé. Le jugement, dans la Bible, a valeur de séparation des bons et des méchants. Or, l'histoire de l'Église a vu le retranchement progressif du mauvais grain : successivement, les hérétiques et les schismatiques ont été retranchés de son sein, excommuniés. Tel fut le cas des ariens, des schismatiques grecs, des protestants,etc. L'Apocalypse décrit donc ces retranchements successifs, et toutes les tribulations majeures de l'Église, jusqu'à la séparation définitive des bons et des méchants lors du Jugement Dernier. À plus forte raison, la crise présente n'échappe pas aux prophéties de l'Apocalypse...

 

 

L'exposé qui suit est un résumé de l'ouvrage ci-dessous :

Les prêtres tradtionalistes disent que nous ne savons ni quand ni comment la crise de l'Église se terminera ; or, l'Apocalypse nous dit exactement le contraire : non seulement elle nous révèle comment la crise prendra fin, mais même, elle nous livre des indications chronologiques.

 

Les catholiques, confrontés à l'Apocalypse, ont l'impression de faire face à un mur : ils ne savent en comprendre le sens. Or, pour déceler sa signification, il faut connaître son langage, qui appartient au domaine général du langage biblique. Le meilleur ouvrage que nous ayons lu, sur la question, est celui du Père Kramer, The Book of Destiny (jamais traduit en français), qui explique la signification du langage apocalyptique.

 

 

Le langage de l'Apocalypse

 

Dans le Livre de Daniel, la Synagogue juive est décrite par une métaphore du ciel. Les armées des cieux désignent le peuple fidèle avec ses prêtres, symbolisés par des étoiles. Dans l'Apocalypse, cette métaphore est reprise, et appliquée à l'Église catholique. Les anges désignent souvent des évêques (y compris l'évêque des évêques qu'est le Pape), les étoiles des prêtres, et la « mer de cristal », les fidèles. Par opposition, la mer évoquée seule symbolise le monde pécheur, tout comme « les habitants de la terre », qui « vivent sur la terre », c'est-à-dire dans les plaisirs terrestres et l'amour des créatures, tandis que les habitants du ciel vivent dans le ciel, c'est-à-dire dans la grâce surnaturelle, qui les élève au-dessus de la terre. Quant aux rois de la terre, ce sont les chefs des habitants de la terre : à savoir le clergé moderniste de la contre-Église, dont les membres vivent sur la terre, dans le péché.

 

L'Église est décrite au chapitre IV, qui la dépeint dans sa nature divine ; et au chapitre XII, qui la dépeint dans sa nature humaine. Le trône de Dieu symbolise la papauté, lieu duquel sortent les «tonnerres», à savoir les décrets de l'Église ; car les tonnerres font allusion à l'épisode de Moïse sur le Mont Sinaï, lors du don des dix commandements. Les éclairs, les voix et les tonnerres expriment donc une décision du Pape, ou plus largement du magistère de l'Église.

 

La mer de cristal est distinguée du reste de la mer : c'est la partie pure de l'humanité, translucide, fidèle à Dieu. Les quatre « êtres vivants » désignent non pas les quatre évangélistes (du moins pas principalement), mais l'épiscopat, qui peut seul perpétuer la vie de l'Église, la transmettre, par les sacrements de l'ordre et de la consécration épiscopale. Les prêtres, eux, ne peuvent perpétuer l'Église à eux seuls, et ne possèdent donc pas LA VIE, ils n'appartiennent pas à cette catégorie des êtres vivants. Ces derniers ont des yeux partout, parce qu'ils sont l'Église enseignante ; c'est par l'oeil qu'on symbolise l'omniscience de Dieu.

 

Dans les messages aux sept Églises, chaque message est envoyé à l'ange de chaque Église ; et chaque ange symbolise évidemment un évêque : celui qui dirige l'Église considérée. Les sept évêques sont sept « lampes ardentes » qui brûlent dans « sept chandeliers d'or », car ils sont la vie de l'Église ; sans eux, comme nous l'avons vu, la vie ne pourrait se transmettre ni se perpétuer (la flamme s'éteindrait). Cette interprétation associant les anges à des évêques était admise au Moyen-Âge ; on peut le voir par exemple sur les vitraux de la cathédrale de Northridge.

 

Les sept Églises représentent sept âges de l'histoire ecclésiastique, depuis l'établissement de l'Église par le Christ jusqu'à la fin du monde et à l'avènement du royaume éternel de Dieu.

 

 

La chronologie de l'Apocalypse

 

Le bienheureux Barthélémy Holzhauser avait raison d'associer

chaque Église à un âge, et non à un lieu ; en revanche

il a proposé une chronologie en grande partie fausse

de l'Apocalypse. Celle du Père Kramer doit lui être préférée.

Pour ce dernier, les sept trompettes du chapitre VIII

font allusion aux sept événements suivants :

1° les invasions barbares,

2° la naissance et l'expansion du mahométisme,

3° le grand schisme d'orient,

4° le grand schisme d'occident,

5° la réforme de Luther,

6° l'invasion des 200 millions de cavaliers,

et 7° l'Antéchrist.

 

Notre frère, Simon André, auteur de l'ouvrage

La survie de Paul VI et les apôtres des derniers temps,

a proposé une chronologie assez semblable,

sans avoir lu l'ouvrage du Père Kramer au préalable,

qu'il ne connaissait même pas ; il s'agit d'une preuve, s'il en est besoin, que l'interprétation de l'Apocalypse n'a rien d'arbitraire. Simon André a su déceler la chronologie de l'Apocalypse, c'est-à-dire les durées symboliques renfermées dans ce Livre biblique (nous en reparlerons). Son analyse diffère en partie de celle du Père Kramer quant aux sept sceaux de l'Apocalypse ; mais sur les trompettes, leurs interprétations concordent en grande partie.

 


Le chapitre IX et l'invasion des sauterelles

 

Les commentateurs catholiques s'accordent généralement pour dire que les sauterelles du chapitre IX désignent les hérétiques protestants. Avec le chapitre IX, on entre pour ainsi dire dans la fin des temps, c'est-à-dire dans les derniers siècles, qui voient la prolifération des hérésies. Les sauterelles, à l'époque de Saint Jean, constituaient l'un des fléaux les plus destructeurs, car elles détruisaient les moyens de subsistance naturelle des hommes. De même, le protestantisme a détruit les moyens de subsistance SURNATURELLE des hommes, en s'attaquant aux sacrements, et en particulier au sacrement de l'ordre et à celui de la communion ; or, c'est par ces sacrements que le clergé transmet aux fidèles la vie divine, la vie surnaturelle du Christ, présent en Corps et en Âme dans la Sainte Communion.

Une invasion de sauterelles

 

Les « cinq mois » de prolifération des sauterelles sont la durée ordinaire d'une telle invasion. Ils ont donc ici valeur symbolique. Ils représentent cinq siècles, depuis la formulation des thèses de Luther en 1517. Nous verrons pourquoi plus loin. Le Père Kramer avait envisagé l'idée des cinq siècles, mais l'avait finalement rejetée, la jugeant fantaisiste (sans donner de raison). En matière de prophéties bibliques, et surtout dans l'Apocalypse, il arrive qu'une durée exprimée dans une unité particulière  doive être convertie en une autre unité pour que la prophétie trouve son plein accomplissement. C'est le cas de la prophétie de Daniel relative à l'avènement du Messie. Une prophétie peut donc avoir plusieurs sens à la fois, qui dépendent de l'unité exprimée (jour, mois, année). La prophétie de Daniel, en son sens relatif à l'avènement du Messie, doit par exemple être convertie en semaines d'années. Nous verrons qu'il existe un cas similaire dans l'Apocalypse. D'autant plus qu'en langue juive, le mot jour pouvait signifier une durée variable (à convertir en mois ou en années, notamment). Mais les durées exprimées en mois ou en années peuvent elles aussi recevoir une signification symbolique, qui suppose une conversion de durée.

 

Toutefois, certains se poseront la question suivante : si l'irruption des hérésies protestantes est décrite au chapitre IX, cela signifierait qu'une partie importante de l'histoire de l'Église (en termes de durée) est couverte par peu de chapitres, tandis qu'une partie moins importante (toujours en termes de durée) est couverte par un plus grand nombre de chapitres. C'est d'autant plus vrai que selon l'enseignement patristique des sept âges du monde, et selon plusieurs révélations privées (dont celles de Sœur de la Nativité, ô combien estimables), la fin du monde interviendra avant la fin de notre siècle (donc avant 2100)... En vérité, ces considérations n'offensent pas la logique, car selon l'école interprétative la plus pertinente, l'Apocalypse décrit toute l'histoire de l'Église, mais plus spécialement la fin des temps (les derniers siècles) : car ce sont les siècles les plus dangereux, ceux où la séduction diabolique culminera. Autrement dit, dans l'Apocalypse la description des derniers siècles de l'histoire ecclésiastique occupe une place inversement proportionnelle à sa durée (sa durée étant bien moindre à celle des quinze premiers siècles), car cette période est plus importante que toute autre. Mais comment savoir quel chapitre évoque la crise ?

 

L'Apocalypse est en partie chronologique, en ce sens qu'elle suit une narration logique allant du début de l'histoire ecclésiastique jusqu'à la fin ; mais elle est également en partie cyclique : premièrement parce que certains chapitres reviennent sur des événements décrits dans des chapitres précédents, et deuxièmement parce que plusieurs chapitres présentent une double signification, ayant trait à deux périodes de l'histoire ecclésiastique à la fois. Par exemple, les sept sceaux décrivent des événements des premiers siècles (relatifs au sort des Juifs et de la ville de Jérusalem), et en même temps des événements de la fin des temps : car les châtiments subis par les Juifs et la destruction de Jérusalem sont une image de la fin du monde.

 

Non seulement certains chapitres reviennent sur des événements décrits précédemment, mais d'autres chapitres annoncent et résument les événements à venir. L'Apocalypse contient donc des annonces, des retours, ainsi que des descriptions à double sens.

 

Mais quel chapitre évoque-t-il la crise de l'Église ?

 

 

Le chapitre XII et « l'enfant mâle »

 

Le chapitre XI étant une annonce prophétique, la crise de l'Église est décrite principalement à partir du chapitre XII. Il y est question d'un combat dans le ciel, entre les anges de Dieu et ceux du dragon ; puis le combat continue sur la terre, lorsque le dragon est « rejeté » sur la terre. Il s'agit d'une allusion à la chute des anges (sens spirituel), mais en même temps d'une description de la crise que nous traversons aujourd'hui (sens eschatologique). Les anges du ciel sont des évêques de l'Église, l'ange désignant un évêque et le ciel désignant l'Église, conformément à la métaphore de Daniel sur la Synagogue juive.

 

Tous les anges sont rassemblés, ce qui évoque un concile œcuménique. Mais la particularité de ce concile est qu'il voit l'affrontement des « bons anges » et des « mauvais anges », c'est-à-dire des bons évêques et des mauvais. Selon toute évidence, cela ne peut s'appliquer qu'au concile Vatican II : car à aucune période de l'histoire ecclésiastique, un concile œcuménique n'a occasionné de déchirement réel entre bons pasteurs et mauvais pasteurs. Les seuls scandales de cet ordre eurent lieu lors de conciles provinciaux ou synodes.

Les bons et les mauvais anges rassemblés au concile Vatican II

 

Le verset 4 nous dit que la queue du dragon entraîne avec elle « les étoiles du ciel », les précipitant sur la terre. La queue, dans le Livre de Zacharie, fait allusion aux mauvais pasteurs et à leurs fausses doctrines (les faux prophètes) ; tandis que la tête symbolise les bons pasteurs et les prophètes authentiques. Ici, il est donc question des bons évêques (traditionalistes) combattant les mauvais, acquis aux doctrines modernistes.

 

Lors de la chute des anges, les prévaricateurs (partisans de Lucifer) furent vaincus et bannis du ciel, « rejetés sur la terre » avec leur chef et l'auteur de leur rébellion. La notion de temps n'existant pas dans l'ordre surnaturel, cette victoire des bons anges soumis à Dieu donne l'impression d'être instantanée ; et pourtant, un combat spirituel eut lieu, avant l'intervention de cette victoire : Saint Michel défendit les attributs divins et la juridiction suprême de Dieu sur toutes les créatures. De même, le concile Vatican II a donné lieu à un combat, qui ne se terminera que lorsque les mauvais anges, c'est-à-dire les évêques modernistes, seront « rejetés sur la terre » ou « expulsés du ciel ». Le ciel étant une métaphore de l'Église, leur expulsion du ciel symbolise leur EXCOMMUNICATION. C'est la raison pour laquelle le chapitre XII évoque deux combats : un combat du dragon dans le ciel, c'est-à-dire à l'intérieur de l'Église, orchestré par des évêques infiltrés francs-maçons ou communistes, et tous ceux qui sont acquis aux doctrines modernistes ; puis un combat du dragon sur la terre, lorsque le clergé de la contre-Église est excommunié. Le combat dans le ciel correspond au règne de la Grande Prostituée (la fausse Église du clergé moderniste), et le combat du dragon sur la terre correspond au règne de l'Antéchrist.

 

Mais comment cette excommunication des mauvais anges intervient-elle ?

L'exil de la femme au désert

 

Rappelons que le chapitre XII décrit la constitution humaine de l'Église. Les premiers Pères enseignent que la femme persécutée par le dragon symbolise l'Église persécutée par les ennemis de Dieu. Il s'agit d'une allusion à la Vierge Marie (sens spirituel), mais en même temps d'une description symbolique de l'Église (sens eschatologique). La femme donne naissance à un enfant, qui représente le Christ (sens spirituel) mais également le Pape, élu par l'Église (sens eschatologique). Ces versets dépeignent l'élection du Pape dans un langage métaphorique, en tant qu'élément de la constitution humaine de l'Église (cf. F. Sylvester Berry, The Apocalypse of Saint John, 1921) ; mais le sens plus profond est l'évocation d'un pape spécifique, ici le Pape Martyr de la fin des temps, qui verra l'affrontement entre les bons et les mauvais pasteurs durant le concile œcuménique visé par le chapitre XII. Il tient une verge de fer, qui symbolise en langage biblique la séparation des bons et des méchants, par exemple au Livre de Zacharie, ou encore lors de l'épisode de la traversée de la Mer rouge ; car c'est CE PAPE qui prononcera l'excommunication du clergé moderniste, rejetant les mauvais anges hors du ciel, c'est-à-dire en dehors de l'Église.

 

Le verset 6 nous dit : « et la femme s'enfuit dans le désert,

où elle avait une retraite que Dieu lui avait préparée

pour mille deux cent soixante jours ». Il s'agit d'une allusion

à l'exil en Égypte, lorsque la Vierge Marie s'enfuit

avec l'Enfant Jésus et Saint Joseph, pour échapper

à la cruauté du roi Hérode.

 

Cette image représente l'exil de l'Église,

en la personne de son Vicaire, le Pape Paul VI.

La femme s'enfuit avec l'enfant, car l'Église s'enfuit

avec son Vicaire (le Pape étant « l'enfant mâle »).

 

Le verset nous donne même une indication temporelle,

en ce sens que dans le langage biblique,

le désert symbolise le paganisme et l'apostasie

(le paganisme étant lui-même une forme d'apostasie,

toute l'humanité ayant d'abord connu le vrai culte, à travers la religion primitive transmise par Adam et Ève) ; donc il est possible de comprendre que le Pape s'exile alors que l'apostasie a déjà commencé (ce qui est logique), et non pas avant. Cette apostasie, selon toute apparence, est celle des évêques modernistes, lors du concile œcuménique décrit précédemment. Le désert ne constitue pas une indication de lieu, mais de temps.

 

La description de la crise de l'Église se poursuit au chapitre XIII, jusqu'au chapitre XVIII. Ces chapitres présentent une double signification : ils évoquent à la fois le règne de la contre-Église des derniers temps (1ère phrase de la crise - combat dans le ciel), et le règne de l'Antéchrist (2ème phase - combat sur la terre).

 

 

L'Ascension de l'enfant mâle

Le Père céleste recueille recueille l'Enfant,

protégé par Marie qui écrase la tête du dragon

 

Le chapitre XII, tout en nous décrivant le combat entre les bons et les mauvais évêques lors du concile Vatican II, nous annonce la réapparition du Pape Martyr, suite à l'exil décrit au verset 6. L'image de l'Ascension nous dit que le dragon a tenté de dévorer l'enfant mâle, mais que ce dernier a été « enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône »; or, il s'agit d'une allusion au trône de Dieu du chapitre IV, qui symbolise le siège de l'Église, l'Église hiérarchique. Par conséquent, de même que Jésus-Christ a été rendu à Son Père après avoir subi la mort de la Croix (sens spirituel), de même le Pape Martyr sera rendu à l'Église (sens eschatologique), après avoir subi la mort mystique de son exil, qui est comme la mise au tombeau de l'Église, avant sa résurrection. Par Son Ascension, le Christ a triomphé de Ses ennemis. Il en est ainsi également du Pape Martyr ; mais ce triomphe est spirituel, et non pas charnel : car le martyre de Paul VI suivra de près sa réapparition à Rome ; et cependant l'Église sera restaurée, unie et préparée à affronter le règne de l'homme de perdition, suscitant un zèle comparable aux temps apostoliques, en donnant naissance aux apôtres des derniers temps (prédits par plusieurs révélations privées, dont la Salette), à une Nouvelle Pentecôte (à ne pas confondre avec la Pentecôte luciférienne du « renouveau charismatique » !). Là encore, cette victoire du Pape Martyr n'est pas instantanée : il s'agit simplement d'une annonce, tout comme le refoulement des mauvais anges en dehors du ciel (qui symbolise l'excommunication du clergé moderniste, rappelons-le). D'où également le fait que l'Ascension et l'exil ne soient pas mentionnés dans l'ordre chronologique : il faut bien comprendre que les apocalypses, aussi bien dans la Révélation publique que dans les révélations privées, sont en partie cycliques.

 

Une deuxième image de la victoire du Pape Martyr est l'allusion à « l'accusateur » :

 

9 Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.


10 Et j'entendis dans le ciel une voix forte qui disait : « Maintenant le salut, la puissance et l'empire sont à notre Dieu, et l'autorité à son Christ ; car il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accuse jour et nuit devant notre Dieu ».

 

Sur cette question, citons mon ouvrage :

 

Le Père Kramer commente ce verset ainsi : « Le Voyant [saint Jean] entend une voix dans le ciel, une voix puissante. Cela peut être la voix d'un saint éminent, d'un cardinal ou du Pape. Elle proclame l'arrivée du salut prédite par les prophètes des temps anciens, en des termes glorieux et par de brillantes images. Un tiers de l'Église a été infidèle [plus, en réalité], mais le reste apportera le salut au monde entier ».

 

Ensuite, le Père Kramer évoque un aspect du verset 10 qui a été mentionné par Éric Faure dans ses analyses des oracles médiévaux relatifs aux derniers temps, au Pape Martyr et à l'antipapauté-antéchristique :

 

« 'L'accusateur de nos frères a été rejeté' fait allusion à Job (I. 6 ; II. 1). L' 'accusateur' se réfère au succès dont se loue Satan à l'intérieur de l'Église. Il a conduit le clergé à accepter ses doctrines, les maximes du monde, et à travers leur acceptation il a anéanti l'esprit de pénitence et de sacrifice, avec pour conséquence l'état d'hypocrisie, de tiédeur et de mort spirituelle. Avec un ricanement triomphant, il montre du doigt la vie de ceux que le Christ s'est choisi, les accusant devant la face de Dieu de le suivre lui, Satan, plutôt que le Christ. Il les a utilisés pour répandre des hérésies dans l'Église, et il a amassé un riche butin en termes d'apostasie. Or, sans être satisfait de cela, il lance une accusation contre toute l'Église(...). Mais cette haine est finalement réduite à une rage impuissante. L'Église est purifiée par l'expulsion de ses partisans [de Satan], et ses accusations sont rejetées, comme mensongères et invalides ».

 

Éric Faure, lui, explique dans ses ouvrages que selon les oracles médiévaux, c'est le Pape Martyr lui-même qui est accusé par Satan, ce dernier tentant de lui faire porter la responsabilité de l'apostasie des chrétiens, qui s'est produite sous son règne (cf. « Méditations sur le sens réel des dernières devises rapportées par le bénédictin Arnold Wion », 2015). Comment peut-on comprendre que le Pape fait ici spécialement l'objet des accusations de Satan, et donc que celles-ci ne sont pas prononcées uniquement contre la masse des chrétiens ? Parce que Job est une figure de l'Église souffrante (v. les Morales sur Job de St. Grégoire le Grand), persécutée par le diable, comme l'est le Pape Martyr ; il est également une figure de Jésus-Christ, et de la justice. De même, nous allons voir qu'un second personnage biblique symbolise le Pape Paul VI, Pontife saint des derniers temps...

Étrangement, sur ce magazine la tiare du Pape Paul VI est couleur or,

alors qu'elle était d'argent

 

 

Un autre extrait de l'étude du Père Kramer confirme également l'analyse d’Éric Faure relative aux oracles médiévaux évoquant « le Pontife Jésus », figure du Pape Martyr de la fin des temps ; car le Père Kramer, en commentaire du verset 9, écrit ceci :

 

« La bataille de Michel et des prêtres et évêques fidèles contre les attaques du dragon rappelle la scène de Zacharie (III. 1-5), où Satan tente d'empêcher la restauration que le Pontife Jésus, grand prêtre, doit achever après la captivité de Babylone. Les prêtres, trompés par Satan, avaient manqué de courage [failli à leur mission] en mélangeant l'idolâtrie avec le vrai culte, et avaient donc privé le peuple de force, et de la source de la vie spirituelle. Alors devant Dieu, Satan essaya d'accuser le grand prêtre de n'être pas capable d'apporter le salut au peuple, d'être impropre à cette charge, parce qu'il portait des vêtements sales. L'ange lui dit : « n'est-ce pas un tison retiré du feu ? », c'est-à-dire : n'a-t-il pas souffert durant sa captivité ? Il est pur de toute veulerie. Il est revêtu de vêtements propres, symbolisant la purification de tous les péchés, et est investi de la grâce, qui est une armure impénétrable contre tout reproche. De la même manière, après l'expulsion du mauvais clergé de l'Église, il n'y aura plus matière à reproche contre la prêtrise. Et quand le clergé sera au sommet de la vertu demandée par le Christ, l'Église pourra contrer tout assaut » (p. 290-291).

 

Citons le passage de Zacharie évoqué par Kramer :

 

« Le Seigneur me montra ensuite le grand prêtre Jésus devant l'ange du Seigneur, et Satan à sa droite, pour l'accuser. Et le Seigneur dit à Satan : Que le Seigneur te réprime, satan, que le Seigneur te réprime, lui qui a élu Jérusalem. N'est-ce pas là ce tison tiré du milieu du feu ? Jésus était revêtu d'habits souillés, et il se tenait devant l'ange. Et l'ange dit à ceux qui se tenaient devant lui : Otez-lui ses vêtements souillés. Et il dit à Jésus : Je vous ai dépouillé de votre iniquité, et je vous ai revêtu d'un vêtement de fête. Il ajouta : Placez-lui sur la tête un tiare éclatante. Et ils lui mirent sur la tête une tiare éclatante, et le revêtirent d'un vêtement de fête. Cependant l'ange du Seigneur se tenait debout » (Zacharie III. 1-5).

 

Le Pontife Jésus a subi la captivité de Babylone ; et nous verrons que la Rome moderniste, ou contre-Église de l'antipapauté-antéchristique, est elle-même une nouvelle Babylone, la cité maudite, la Grande Prostituée assise sur la ville aux sept collines (Rome). Or, le Pape Paul VI a subi la captivité au Vatican, demeurant emprisonné jusqu'au 12 juillet 1981, date de son exil ; alors commença un nouveau genre de captivité (sur l'île de Crète), qui le libéra de ses ennemis, mais sans le libérer de la douleur de son martyre, de la douleur de quitter ses enfants, en étant misérablement destitué de son trône et en laissant la place au faux prophète de l'Antéchrist, Karol Wojtyla, le prince d'iniquité.

 

Tel est le sens des paroles respectives de Notre-Dame de la Salette, et de N.-D. de Fatima : « Le vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir » ; « Le Pape aura ses heures d'agonie, à la fin je serai là pour le conduire au paradis ». Paul VI est le Pape Souffrant par excellence, « celui qui a le plus souffert » comme l'ont dit les exorcismes, et qui siégera au paradis parmi les rangs des apôtres. Le martyre de son exil l'a purifié des dernières scories, et par sa pureté, il s'est rendu semblable aux anges : il est « la Fleur des Fleurs », le lys pur à l'image et à la ressemblance de la Vierge Marie, gardienne de son âme. C'est la raison pour laquelle, au chapitre XII, qui décrit la constitution humaine de l'Église, Paul VI est choisi par le Christ comme l'illustration par excellence de son Vicaire sur la terre : c'est lui qui incarne « l'enfant mâle », dans le cadre de cette métaphore de la naissance du Christ figurant l'élection du Souverain Pontife, enfanté par la « femme », savoir, élu par l'Église.

 

Les prêtres modernistes, sous la captivité de la nouvelle Babylone, de la Grande Prostituée, ont mélangé l'idolâtrie avec le vrai culte, comme les lévites infidèles des Hébreux : par une lâcheté semblable à la leur, par respect humain, par tiédeur, ils ont accepté la réforme liturgique du clergé apostat, amoindrissant la vertu de force chez les fidèles, en corrompant les canaux de la grâce. S'il est une raison à l'apostasie massive des chrétiens, c'est bien celle de la nouvelle liturgie, qui restreint les grâces procurées aux fidèles et les a conduits à la tiédeur, au péché, et pour le grand nombre, au reniement. Le parallèle est donc pour ainsi dire exact.

 

Ensuite, le Père Kramer commente le verset 12 de cette manière : « L'expulsion du dragon de l'Église est décrite comme une descente sur la terre. Cela représente l'Église comme une institution surnaturelle, contrairement au monde ou à ceux qui vivent des vies purement naturelles. N'ayant pas été capable de se soumettre l'Église, ou de l'infecter par de fausses doctrines, ou d'avilir la morale, ou de lui imputer le péché plus longtemps, Satan s'apprête à plonger le monde dans le vice aussi profondément qu'il le peut, car il sait que ce temps qui lui est alloué est court. La défaite ne l'a pas privé de ses facultés naturelles, et il va les employer pour se venger de l'Église en mobilisant toutes les organisations antéchristiques, et en rassemblant toutes les forces diaboliques en vue d'une attaque concertée contre les fidèles » (p.294).

 

Ainsi, Satan accuse Paul VI d'être responsable de la crise de l'Église, qui est survenue durant son pontificat, le pire ayant eu lieu avec l'entrée en vigueur de la nouvelle messe ; mais Notre-Seigneur, par le ministère d'un ange, rejette ses accusations comme infondées, et l'ange revêt le Pape Martyr d'une tiare pure et de vêtements nouveaux, symbolisant sa victoire et la restauration de la théocratie pontificale, comparée à la restauration de la théocratie juive par le Grand Prêtre Jésus, suite à la captivité de Babylone, qui constituait la figure de cette nouvelle Babylone qu'est la contre-Église des derniers temps.

Le refuge de la femme au désert :

une métaphore de l'exil de l'Église

© 2016. Jean-Baptiste André. Créé avec Wix.com

 

« Ceux qui connaissent le vrai Vicaire sont dans la lumière ;

ceux qui sont dans les ténèbres vont travailler pour Lucifer »